le Toscan (lundi 10/05)
Aujourd’hui a été mon jour cartes postales: je les ai toutes postées, même si je dois encore en écrire beaucoup.....A la pause, je suis allée en ville pour acheter des timbres (‘francobolli’). Et des boules quies. J’ai donc dépensé mes derniers euros en monnaie. Soit. Direction la banque pour retirer un peu d’argent et m’acheter un panino. La banque a froidement refusé ma demande de retrait et j’ai donc demandé dans une enoteca du vieux centre si je pouvais y acheter un panino en payant avec ma carte. Le gérant, un haut et vieux monsieur aux cheveux gris en train de laver le sol m’a répondu que ça n’était pas possible mais qu’à la «l’alimentari», je trouverais sûrement. Mais à l’alimentari, point de machine pour carte bleue. Chou blanc, donc. En repassant devant l’enoteca (boutique de vins et produits toscans), le vieux monsieur m’a demandé si j’avais pu trouver de quoi me sustenter. A ma réponse négative, il m’a dit d’entrer. Curieuse, je l’ai suivi et il a voulu savoir si j’aimais la panzanella, du pain détrempé, agrémenté d’huile, d’oignons, de tomates, de sel... «Certo!» ll s’est donc dirigé vers le frigo, a pris le saladier de panzanella et est revenu à la table dans l’entrée. Avec des gestes lents et précis, il a mis des gants en latex, puis il a sorti une assiette en plastique. Il commentait tout d’une voix douce ‘bene...un po di panzanella che è buonissima. un po d’olio...’ Après l’avoir remplie de panzanella, il a sorti quatre pains suédois, puis il a coupé une tomate en deux. Il a frotté la moitié sur deux pains qu’il a salés et huilés. Ensuite, il a pris sur le rebord du couteau un peu de ‘ragu’, un mijoté de viande refroidi, qu’il a étalé sur un pain. Le quatrième s’est contenté d’huile d’olive. Il a salé le tout et a rajouté une généreuse rasade d’huile sur l’ensemble. Emerveillée, je le regardais faire, ce grand homme au regard fatigué, le teint pâle et le visage calme dont les rides annonçaient les 70 ans bien avancés....Il avait ce grand nez fort qu’ont beaucoup de Toscans et sa haute taille m’a laissé penser qu’il avait du être immense dans sa jeunesse. Il m’a servi un verre de vin rouge et a conclu en fichant une fourchette dans la panzanella et en recouvrant le tout de papier aluminium. Il m’a dit d’aller manger tout ça sur un banc au soleil, de profiter de la vue. Après mes remerciements confus, il m’a donné une petite caresse sur la joue et m’a souhaité une bonne journée. J’ai quitté ce bon grand-père à l’hospitalité si imprévue et j’ai fait comme il m’a dit, je suis allée au soleil, dans l’herbe, et j’ai dégusté ce pain et ce vin qui avaient une saveur toute particulière, celle de la générosité.
Il est pour toi cet hommage, toi le Toscan qui sans façon m’a donné quatre bouts de pain quand dans ma journée il faisait faim....
Il est pour toi cet hommage, toi le Toscan qui sans façon m’a donné quatre bouts de pain quand dans ma journée il faisait faim....

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