Étape 5: de Cassio au Passo della Cisa
Le samedi 26 mai/ Itinéraire de 20 km, mais avec encore beaucoup de dénivelés.
Une journée presque militaire, entre parcours dans la boue et franchissement d’obstacles mais surtout une journée sous le signe de la moto...
Je suis partie vers 8h15. C’était calme et la route (car oui il fallait encore longer la route) la route donc, était déserte.
Je profitais béatement de la vue et des paysages appenins, humant les parfums d’acacias sauvages et d’herbe fraîchement coupée. Les prairies séchaient lentement au soleil après la rosée du matin, dégageant un souffle chaud et parfumé qui m’enveloppait alors que je traversais les hautes herbes.
Au loin le bruit de motos qui passaient en meute commençait à s’amplifier.
La Via Francigena faisait ensuite passer par de petits chemins en sous-bois. Ravissants, frais, mais... boueux. On y voyait toute sorte de traces: des cervidés (je suis malheureusement incapable de dire lesquels), des pneus, des chaussures de marche...tiens des traces de pneus? je n’y ai pas pris garde au début mais soudain, alors que j’essayais tant bien que mal de contourner une mare de boue qui s’étalait sur tout le chemin, j’ai entendu une pétarade derrière moi. J’ai juste eu le temps de me jeter dans un buisson et un gros type sur sa grosse motocross est passé comme un fou, labourant le chemin déjà en mauvais état..stronzo!!!
Très remontée contre le malotru, j’ai poursuivi ma route jusqu’à Berceto, où le saint local San Moderanno (8eme siècle) était en fait un gars bien de chez nous puisqu’il était francais/ breton et fut évêque de Rennes! Berceto possède, comme tous les villages traversés, une splendide église romane. Je me suis posée assez longtemps et j’ai vu arriver mon petit retraité et son groupe. Ils se sont assis à ma table pour prendre un rafraîchissement et j’ai ensuite poursuivi la route avec eux.
Au final ils avaient un rythme très soutenu. Alors que nous gravissions une côte particulièrement raide, glissant sur les pierres moussues et la boue, des bruits de motos se firent entendre de plus en plus fort et une dizaine de motocross ont déboulé, s’élançant comme des fous sur les côtes empierrées sans ralentir, sans s’arrêter. Un c****** m’a même foncé dessus car visiblement il ne maîtrisait pas sa moto... j’ai heureusement pu l’éviter de justesse. « Maladetti » a crié Angela, la seule femme du groupe, qui s’est lancée dans une imprécation contre les motards qui n’avaient absolument rien à faire la. On s’est tous dit qu’il fallait écrire à la mairie et à l’association de la Via Francigena.
A un embranchement l’un du groupe est parti directement vers l’Ostello. Les autres et moi avons continué vers le monte Valoria, culminant à 1215 m. Le point le plus haut de mon parcours.
Nous sommes tombés sur un troupeau de chevaux en liberté, à moitié sauvages, qui nous ont regardés passer.
Puis nous sommes arrivés en haut, d’où on avait vue sur entre 3 régions: la Ligurie, la Toscane et l’émilie-Romagne.
Une pause plus tard et nous étions repartis vers le Passo della Cisa. Au passage, Angela qui semble s’y connaître en plantes, m’a montré les violettes de Parme (sauvages) à la senteur très délicate, qui servent à fabriquer un parfum à la violette, les trous creusés par les sangliers pour accéder aux racines. Plus loin ce fut l’ail des ours à la
jolie fleur blanche, qui pousse en abondance ici.
Et nous avons débouché sur le Passo della Cisa. C’était envahi de bikers...en Italie, le Passo della Cisa est un des points majeurs de ralliement de motards (et surtout le week-end) parce que les routes sont belles et offrent plein de virages qu’ils prennent comme des fous...nous nous sentions un peu seuls, pauvres marcheurs tout crottés.
Et les 2 kms de route pour rejoindre l’Ostello furent très angoissants. Les motards prennent les virages très serrés et vont vraiment vite. Nous sommes heureusement arrivés sains et saufs, en changeant de côté dès qu’il y avait un virage.
L’Ostello, une ancienne maison de cantonniers, situé au bord de la route, était très sympathique. Nous avons retrouvé tous les pèlerins de Cassio: un groupe d’amis milanais qui allaient jusqu’à Pontremoli et un couple allemand. J’ai encore eu la chance d’avoir la chambre pour moi toute seule.
Les motards qui passaient au ras du jardin faisaient un bruit d’enfer mais l’heure du retour approchait. Et en effet, la nuit fut absolument calme.
Le dîner était servi sur place et ce fut excellent, maison et local: boulettes de châtaigne à la pancetta, gnocchi aux épinards et sauce au parmesan, saucisses aux haricots noirs et part de tarte en dessert. Le gérant était haut en couleur et il y avait véritablement une bonne ambiance.
26€ pour le coucher et le dîner...merveilleux d’avoir ces prix-là!
Les personnes rencontrées:
Le gérant de l'ostello, que j’ai complimenté sur le dîner, m’a donné un autocollant de la VF (« ne le dis pas aux autres! ») et m’a gratifiée de 2 bises. J’ai la cote avec les gérants des Ostelli :-)
Les animaux rencontrés:
-Les motards
-Les chevaux sauvages, et parmi eux 6 poulains adorables protégés de près par leurs mères
/Et Giuletto! Le lapin de l’Ostello qui sort brouter son herbe vers 18h, quand les oiseaux de proie sont rentrés chez eux. Le pauvre a en effet vu sa Romea (une lapine donc) se faire enlever sous ses yeux par un rapace et depuis ce moment-là, il ne sort que le soir, d’après le gérant. Bref, mignon à croquer!!





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